"Le feu opportun"

"Le feu opportun"
Je crois que tout est dit dans ce texte.

Des mois de silence
Ma main retenue
Par les circonstances
Prévues, imprévues

Et le temps qui passe
Les heures fuient
Laissent dans l'impasse
Toute poésie

Aujourd'hui s'éveille
Ma plume rouillée
De son long sommeil
Forcé, prolongé

Prose ou poésie
Je l'ignore encore
Amour ou envie
Nul n'est moins d'accord

Ce qui est certain
C'est qu'au fond de moi
Le feu opportun
Ne s'éteindra pas.

# Posté le samedi 26 septembre 2009 11:42

"Stitches"

"Stitches"
Après une longue absence (je vous prie de m'en excuser), voici un poème écrit durant ce mois d'avril, en deux fois, deux soirées pour être précis. Il se trouve qu'au retour de vacances j'ai eu une chute du moral aussi forte que soudaine, et qui m'a franchement déstabilisé; comme souvent dans ces cas-là j'ai repris la plume, et voici donc le résultat final de cette récente introspection:

"Stitches"

Quand mon coeur se fait lourd, de pensées, de questions,
Que tout chavire autour, exceptée l'obsession,
Une boule se forme, un poids au fond de moi,
Ou bien une crevasse sans fond, c'est au choix.

Mon souffle se fait plus lent, plus fort, plus bruyant.
Mes yeux sombres s'humectent automatiquement,
Mes paupières s'affolent et ma gorge s'assèche
Quand le sujet s'invite, quand s'ouvre la brèche.

Pourquoi m'a-t-on choisi? Pourquoi moi et pas lui?
Pourquoi aujourd'hui? En cet instant précis?
Et cette plaie que je croyais cicatrisée
S'est rouverte: le sol se dérobe sous mes pieds.

Il faudrait plus d'un chirurgien, d'un docteur, d'un
Médecin pour recoudre mes points de suture.
Quoi qu'on y fasse, si profonde est la blessure
Qu'une aiguille, à l'atteindre, jamais ne parvient...

# Posté le jeudi 30 avril 2009 16:44

"La vie est belle"

"La vie est belle"
Un poème optimiste, enfin! Cela faisait longtemps que je n'en avais pas publié, pour la bonne et simple raison que cela faisait longtemps que je n'en avais pas écrit... Pour ne rien vous cacher j'ai eu envie d'écrire ce poème après une parole de mon profeseur principal qui m'a beaucoup marqué: le soir même j'entamais ceci, achevé quelques jours plus tard. Le titre est simple, le message transporté aussi; bonne lecture.

"La vie est belle"

La vie est si belle qu'on oublie d'être heureux.
L'évidence est telle, qu'invisible à nos yeux
Elle est supplantée par tout ce qui est autour:
Gros soucis, petits tracas, malheur en amour,

Dont les contours criards, les parfums envoûtants
Sont, par nature, autrement plus attrayants.
La nature humaine est assoiffée de tristesse
Et de mélancolie, mêlées comme des tresses.

Fascination morbide? Ou désenchantement?
Quoiqu'il en soit, le malheur est omniprésent,
Dicte notre conduite, oriente nos pensées,

Nous ôtant finalement notre liberté.
S'efface alors cette vérité essentielle:
Quoi qu'il en soit, quoiqu'on en dise, la vie est belle!

# Posté le lundi 16 mars 2009 13:40

Modifié le lundi 16 mars 2009 14:00

"Clair de lune"

"Clair de lune"
Voici un poème qui m'a donné du fil à retordre pendant plusieurs mois! Il n'a pourtant rien d'exceptionnel, ni dans son thème ni dans sa forme, pourtant je n'ai jamais pu le finir d'un coup, il m'est venu vers à vers. C'est donc après une longue maturation et donc un point final enfin mis hier soir que je vous livre ce "Clair de lune", référence au morceau sublime de Debussy, et à cet astre que j'apprécie tout particulièrement: je trouve la Lune belle et majestueuse..Sur ce, bonne lecture!

"Clair de lune"

Le clair de lune
Qui s'offre à moi
Beauté nocturne
Eclat de toi
L'amour qui vibre
Au fond de moi
S'éparpille, migre
Au coeur de toi
Et cette danse est infinie
Pupille intense
Jamais tarie
Tu dors paisible
L'air indécis
Bouche sensible
Lèvres qui rient
Mon bras te frôle
Et tu frémis
Et sous mon saule,
La lune luit...

# Posté le jeudi 12 mars 2009 13:57

"Ciboire"

"Ciboire"
Je vous avais promis un texte en prose: le voici. Il pourrait s'apparenter à un cauchemar mais il s'agit en fait d'une histoire morbide qui m'est venu en tête comme ça, sans prévenir (c'est souvent le cas). J'y vois une légère référence au film "Paris, Texas" de Wim Wenders, les amateurs la verront sûrement. Je ne vais pas trop m'étendre, et vous laisse donc lire ce texte.


"Ciboire"

Les lumières s'allument. Ils ont attendu quelques minutes, le père, la mère, assis sur des fauteuils inconfortables, derrière la grande baie vitrée. Mais c'est parti. Les lumières se sont allumées, leur fils va apparaître par la porte située sur la droite. Aujourd'hui, c'est décor de cuisine; tout y est: carrelage blanc étincelant, table en marbre cernée de hauts tabourets, plan de travail avec casseroles, passoires, couteaux et autres ustensiles habituels. Furtivement, la mère jette un regard surpris au père, qui ne le capte cependant pas, se contente de hocher imperturbablement la tête. Nouveau décor, jamais vu auparavant. Dans le fond de la pièce, à droite, la poignée de la porte tourne. La mère retient son souffle, les hochements paternels cessent. Le fils entre. Grand, brun, menton carré et pommettes saillantes, la démarche assurée, ses grands yeux d'un bleu électrique se pose instantanément sur le mur noir face à lui. C'est derrière cette vitre, il le sait, que se tiennent les auteurs de ses jours. Il ne peut les voir mais il sait la réciproque fausse. C'est une tradition, ici: une fois par mois, les familles sont autorisées à venir admirer leur progéniture. En secret, comme toujours, discrètement, derrière une vitre noire. Seulement, comme pour tout secret, des rumeurs ont circulé, et il est désormais de notoriété publique, dans le centre, que les pensionnaires se "montrent en décors naturels" devant leurs parents. Chacun le sait, même les plus demeurés d'entre eux.

Dans la cabine, les respirations n'ont pas repris. L'homme et la femme soutiennent comme ils peuvent le regard de leur fils, inquisiteur quoiqu'un peu indécis. A chaque fois, cette même intensité. Ils savent, pourtant, qu'il ne peut pas les voir; mais comme toujours, c'est ce moment qui leur est le plus difficile: affronter ses yeux. Enfin, le jeune homme se détourne. Derrière le mur, deux soupirs de soulagement. Le plus dur est derrière eux. Le garçon arpente la pièce, semble admirer la tenue du décor, son sens du détail. Il arbore un air appréciateur. Son regard s'attarde sur le plan de travail, puis il tire un tabouret et s'assied dessus, ouvrant haut devant lui un lourd ouvrage de cuisine italienne. Du coin de l'oeil, il cherche la caméra. Il sait qu'il y en a une, il y en a toujours une. Son oeil expert ne met pas beaucoup de temps à la trouver. Elle est là, vainement dissimulée dans le coin du placard, à gauche. Purement figurative. Seulement là pour impressionner, ou faire peur, c'est selon: chacun sait qu'elles ne fonctionnent pas. Son regard soudainement attristé balaye à nouveau la pièce, s'attarde une fois de plus sur le plan de travail, puis il se tourne tout à fait vers le fond noir. Il sait qu'ils sont là, tous les deux.

Dans la cabine, la mère jette un autre regard, mi-surpris mi-apeuré, au père. Celui-ci est tout entier concentré sur son fils, tente de comprendre cette attitude soudaine.
Le garçon sourit largement. Un grand sourire, plein de joie et de tendresse. Un sourire qui contraste avec l'éclat de ses yeux. Ceux-ci brillent d'une lumière terne, celle d'une infinie mélancolie. Un soupçon d'excitation. Il est décidé. Une pointe de regret. Il sait la peine qu'il va générer.
Il se précipite sur le plan de travail, se saisit d'un couteau de cuisine. Dans la cabine, le père se lève d'un bond. La mère porte une main à sa bouche, alarmée. Ils savent qu'il n'y a aucun moyen de traverser la baie vitrée. Ils savent aussi que ces temps de visite représentent les seuls instants de répit que peut s'accorder le personnel du centre. Aucune utilité d'appeler qui que ce soit, donc. Horrifiés, ils ne peuvent détacher leur regard de la scène qui se déroule devant eux.
Dans un geste qui semble avoir été répété, le jeune homme tend le bras libre droit devant lui, bande tous ses muscles. Sa main portant le couteau s'abat avec une précision redoutable. Le carrelage étincelant s'orne de taches aussi sombres que nombreuses.

Deux cris retentissent à l'unisson depuis l'autre côté de la baie vitrée.
Deux cris que le jeune homme n'entend plus.

# Posté le samedi 07 mars 2009 14:58

Modifié le jeudi 12 mars 2009 14:02